Pourquoi je ne monterai plus jamais à cheval...

Avant de nous engager sur le terrain glissant de ce sujet, je tiens à préfacer mes propos en précisant que mon intention en écrivant ces lignes n’est aucunement d’offenser qui que ce soit. Je ne fais qu’exprimer ma propre vision des choses, reposant sur mon expérience en tant que “propriétaire” de chevaux. Toute discussion constructive est évidemment bienvenue, tant que le respect mutuel est de mise.

Les chevaux sont des créatures majestueuses et splendides adorées de tous les humains, élevées au rang d’idoles par la plupart des enfants et auxquelles nombre de contes, mythologies et histoires vouent une vénération absolue. Fidèles compagnons, forts et endurants, les chevaux sont les parfaits partenaires des hommes depuis des temps immémoriaux.

 
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Mais est-ce vraiment le cas? De là où je suis assise en rédigeant ces lignes, nous pouvous regarder l’histoire sous un autre angle. La compagnie que les chevaux entretiennent avec les humains a - sans l’ombre d’un doute - contribué à ce qu’est aujourd’hui l’humanité. Il nous ont transportés, ont labouré nos champs, nous ont portés à travers les champs de bataille, nous ont permis d’aller plus vite et donc d’améliorer nos chances de pouvoir chasser avec succès d’autres animaux, et ils ont même pris part à nos amusements égoïstes, souvent aux dépends de leurs propres vies. Mais ont-ils fait tout cela par pure bonté, par choix, ou bien y ont-ils été forcés?

Il est intéressant de noter qu’il existe un certain nombre “d’excuses” préformatées qui fournissent une réponse immédiate lorsque quelqu’un (souvent un enfant, ou une personne qui ne sait pas grand chose des chevaux) demande si ce qu’on leur demande n’est pas trop dur, ou trop douloureux. “La fin justifie les moyens” et “il faut bien que les chevaux soient utiles” font partie des réponses les moins convaincantes et “j’aime vraiment trop monter à cheval” ou “mon cheval devient insupportable si je ne le fais pas travailler” sont célèbres aussi. Vous pourriez même entendre “Oh, mais les chevaux aiment travailler, ça les occupe”… Quant à la douleur, certains pourront vous affirmer que “les chevaux sont costauds, ça ne les dérange pas, et puis un coup de cravache ne leur fait pas pareil qu’à nous”.

Cet état d’esprit est celui dans lequel la plupart des amoureux des chevaux évoluent - dès le plus jeune âge - persuadés qu’il n’y a rien de plus naturel que de monter à cheval. Bien sûr, nous somme opposés aux pratiques les plus violentes, et certains d’entre nous sont même radicalement contre les “sports” particulièrement violents pour les chevaux, comme les courses. Mais lorsqu’il s’agit de notre propre amusement, nous voyons les choses différemment.

 
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Et pour moi tout cela est assez logique. Les chevaux sont dociles et, quand ils sont bien éduqués - et c’est là que vous allez commencer à comprendre où je veux en venir - on pourrait même avoir l’impression que leur coller un morceau de métal glacé dans la bouche et entraver leur circulation sanguine en les enserrant dans une sangle pour pouvoir leur monter lur le dos et se mettre à contrôler leur moindre mouvement ne les dérange pas le moins du monde. Mais seulement voilà: les chevaux ne sont pas “faits pour être montés” - comme j’ai un jour entendu quelqu’un le dire - comment pourraient-ils l’être? J’en suis arrivée à l’envisager comme prendre possession du corps d’un autre animal pour l’utiliser à notre guise. Un comportement qui - même si cela peut paraître un peu extrême de le présenter ainsi - a beaucoup en commun avec le parasitisme, et ne constitue certainement pas un acte d’amitié ou de connexion.

Mais depuis que j’étais toute petite, comme beaucoup d’autres amoureux des chevaux, je voyais cette expérience comme relevant de la connexion à l’état pur. Bien sûr, j’ai été témoin de tentatives de rebéllion de la part de certaine poneys particulièrement “difficiles”, ou de mauvaises chutes qui font simplement “partie du jeu”… mais, alors, je ne me disais pas que les chevaux ne faisaient qu’exprimer une opinion. “Montre lui qui est le patron”, “les chevaux ont besoin de discipline” ou bien “descend, je vais lui apprendre à se comporter comme ça” auraient dû me faire réagir, même enfant! Mais non, j’ai continué à monter à cheval.

Bien des années plus tard, cela faisait longtemps que je ne montais plus de manière régulière mais je n’étais toujours pas contre l’idée quand une opportunité s’est présentée que je n’ai simplement pas pu refuser… Et Ambaé est entrée dans ma vie.

 
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Elle était jeune - pas encore trois ans - mais cela m’était égal. Cela voulait juste dire que je pourrais lui apprendre à être exactement comme j’en avais envie. Personne ne l’avait encore traumatisée et, avec l’aide d’une monitrice, j’allais en faire une parfaite (pas si) petite jument. Ce qui prouve bien, une fois encore, que je SAVAIS que de nombreux chevaux sont traumatisés après avoir été mal débourrés (dressés).

Et elle était pleine de vie, curieuse de tout, avec une confiance totale… et un peu à bousculer, et parfois pas toujours très respectueuse des “limites”, et pas particulièrement obéissante. Mais elle était ouverte à tout et tellement heureuse d’apprendre des choses. Ma monitrice était super: elle m’a fait découvrir la monte sans mors et m’a encouragée à choisir une selle sans arçon qui ferait moins de mal au dos de ma jument (un autre indice qui ne devrait pas être ignoré). Et nous avons commencé à travailler avec Ambaé en faisant des jeux au sol jusqu’à ce qu’elle soit, un jour, prête à être montée.

 
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Cette expérience a été merveilleuse: le processus de débourrage m’a permis de réaliser qu’avoir une connexion avec un cheval sans monter était non seulement possible, mais que cette connexion était plus profonde, plus comme un dialogue. Mais une grande partie de notre relation était alors toujours moi qui demandais - parfois même qui exigeais - jusqu’à ce qu’Ambaé, à bout d’arguments, finisse par faire ce que je voulais. Ce que tout le monde appelle entraînement commençait à ressembler à simplement imposer des choses. Non pas par la force, parce que je m’étais déjà éloignée de cette approche, mais en faisant en sorte que ce que l’on suggère soit ce qu’il y a de plus “confortable” pour le cheval, qui est naturellement partisan du moindre effort.

 
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J’ai fini par monter sur le dos d’Ambaé. Je l’ai fait avec respect, je ne l’ai pas prise par surprise et j’ai demandé sa permission. Et elle me l’a donnée, inconditionnellement, parce qu’elle savait que je n’abuserais pas de sa confiance. Nous y étions, je pouvais “la monter” et, petit à petit, elle apprenait à répondre à mes indications en allant à droite, à gauche, en avançant plus vite, en ralentissant. Tout cela sans mors, sans éperons, sans même une selle, simplement par la communication et la confiance. J’ai même reçu des compliments de cavaliers beaucoup plus expérimentés qui m’on dit “tu sais, je n’aurais jamais osé monter mon cheval comme ça sans mors, sans selle ni rien alors qu’il était à peine débourré”. Mais pour moi un déclic s’était opéré, ma perspective avait changé.

Peu de temps avant cela, j’étais devenue vegan. Et j’étais de plus en plus consciente de la réalité dans laquelle la plupart des chevaux vivent, même au club où je montais. Nous avons déménagé et le nouveau club était encore plus “traditionnel”, et ma mère et moi étions les seules tordues qui montaient sans mors ou qui quittaient le manège en plein milieu du cours si nos chevaux commençaient à donner l’impression de ne plus être d’humeur. “Tu la traites comme une princesse”, “ça ne devrait pas être elle qui décide” et “si tu ne la forces pas, elle ne galopera jamais” traduisaient les réactions des gens envers mon attitude. Mais à ce stade, je m’en fichais complètement et, peu de temps après, je ne voyais même plus l’intérêt de monter tout court. Ce n’était pas ce sur quoi je voulais que notre relation soit basée. Je ne voulais pas “être le patron” ou “lui faire faire des choses” qu’elle n’avait aucune envie de faire.

 
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J’ai vendu ma selle et je n’en rachèterai jamais. Et maintenant, notre relation est basée sur tellement plus de choses. Eduquer ma jument m’a fait prendre conscience du fait que je ne voulais pas la monter. A bien des égards, il semble que c’est Ambaé qui m’a éduquée après tout. Mais uniquement parce que j’étais prête à écouter et à entendre ce qu’ELLE avait à dire. Je voulais ressentir ses émotions et lui donner autant que ce qu’elle me donnait, et la forcer à galoper avec moi sur son dos alors qu’elle aurait clairement préféré qu’on arrête et qu’on aille grignoter de l’herbe fraiche était devenu impossible.

 
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La plupart des propriétaires d’animaux de compagnie comprennent très bien si vous leur dites que le bonheur de votre bébé poilu passe avant le vôtre, alors pourquoi devrait-il en être autrement pour les chevaux? Non, ma jument n’est pas “utile”, pas plus que ne l’est mon chat. Non, je n’ai pas besoin d’obtenir quoi que ce soit d’elle d’autre que son bonheur. Et non, je ne pense pas que c’est dommage de ne pas la monter.

Je sais que cette notion que les chevaux doivent être “utiles” est bien établie, mais elle est désormais aussi obsolète que l’idée qu’un être humain ne peut pas survivre sans consommer la chair d’autres être vivants. Les excuses que les humains inventent pour justifier d’enfoncer des clous dans les sabots de leurs chevaux, pour leur abimer la bouche et les dents en tirant fort sur un mors en métal pour contrôler leurs mouvements et les forcer à porter leurs poids sur un dos qui n’est évidemment pas FAIT pour cela ne m’évoque désormais rien d’autre que de la torture et de l’esclavage. Les chevaux vivent dans des conditions qui n’ont rien à voir avec leur habitat naturel, et ceux qui passent leur vie dans un box développent des troubles du comportement dûs à un état dépressif.

Bien sûr, je ne suggère pas que la plupart des propriétaires de chevaux n’aiment pas leur animaux. Je sais qu’ils les aiment. La plupart des personnes qui aiment les chevaux sont d’accord pour dire que l’une des raisons pour lesquelles ces animaux sont si fascinants et si adorables est que ce sont des êtres doués d’une immense émotivité avec lesquels il est possible de construire une véritable connexion, une relation, une amitié…

Alors je choisis de laisser cette amitié être une véritable amitié, plutôt qu’une relation reposant sur un abus physique et émotionnel. Je comprends qu’il puisse s’agir d’un choix difficile, mais je vous encourage à étudier objectivement la relation que vous entretenez avec votre animal et à écouter. Les chevaux ne prononcent pas de mots mais ils parlent. Et si vous êtes ouvert(e)s à ce qu’ils ont à dire, vous pourrez y découvrir un niveau de compréhension mutuelle et d’amour que vous n’auriez jamais cru possible.

 
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